Le Lac de Grand Lieu et la maison Guerlain

Publié le 28 Novembre 2008

 

Voici la maison Guerlain
 
 
 
Le parfumeur
avait fait ouvrir un canal
pour accéder au coeur du lac
 à partir de chez lui.
 
 
Alphonse Joyeux
   a été, quarante ans durant,

le garde du logis de chasse et du lac de Grandlieu, logis bientôt

ouvert au public.
Le parfumeur Guerlain y accueillait des grands du monde.

« C'était la fin des années 50. J'avais 24 ans et revenais d'Algérie. Le curé et le maire témoignent de ma bonne moralité. Mme Guerlain me convoque pour m'embaucher. Pendant l'entretien, il y a le comte d'Ornano, maire de Deauville. J'étais tellement impressionné que je me suis dit : « Non, ça n'est pas pour moi, un gars de la campagne ! » Mme Guerlain insiste et finit par me recruter comme garde particulier.

« Jean-Pierre Guerlain, dont le père chassait déjà à Grandlieu, achète au marquis de Juigné une parcelle de 5 000 m2 sur une levée du lac, en 1956. À l'emplacement du logis qu'il construit trois ans plus tard. Chacune des trois chambres a sa salle de bains : celle de M. Guerlain était en marbre. Des meubles anglais ou Louis XVI ornent la maison. Il y a aussi de superbes collections de canards en verre d'Italie.

« Guerlain, un homme de haute taille, à la voix forte, était quelqu'un d'énergique. Je n'ai jamais vu quelqu'un prendre des décisions aussi rapidement. C'est le cas lorsqu'il décide d'ouvrir un canal de plus d'1,5 km de long pour accéder directement au coeur du lac à partir du logis.

« Ce jour-là, il sort comme d'habitude de chez lui à 9 h tapantes, avec son gros cigare et vient à ma rencontre. « Bonjour mon petit gros, me dit-il. Tu vas au bout de la rade à Fernand. Je veux que le canal débouche là-bas. Exécution. » J'ai travaillé dur pendant deux ans, avec une pelle mécanique posée sur un radeau et un couteau à levis, à couper roseaux et saules. Ce canal a, depuis, bien servi. Il est l' exutoire principal du lac.

Tous des passionnés

« Guerlain arrivait, au volant de son ID ou sa DS, le vendredi à 17 h. Avec son épouse et ses chiens. J'allais chercher les invités au train ou à l'aéroport de Nantes ¯ Château-Bougon. C'était souvent les mêmes : Bourgès-Maunoury, ancien Président du conseil, de grands patrons d'usines, le monde de la finance, des ambassadeurs, des Américains, des Anglais, parmi lesquels le gendre de Winston Churchill. Et même le président Giscard d'Estaing, venu incognito (lire ci-dessous). Tous des passionnés de chasse.

« La chasse a lieu le samedi matin. La veille, j'avais préparé les cartouches et placé les fusils dans leur étui. Avec les bateaux des pêcheurs, j'accompagne les invités. Grandlieu a alors une réputation mondiale. Le frère du Shah d'Iran, un connaisseur, me disait toujours : « Il n'y a pas meilleure chasse qu'ici. » C'est vrai qu'il y avait peut-être plus de 100 000 canards colvert. Et aussi des hérons, des busards. Le gibier, d'ailleurs, reste et se reproduit sur place. J'agrène tous les jours. Par grands froids, je peux distribuer jusqu'à deux tonnes de blé et de brisures de maïs par jour.

« Le samedi midi, Mme Guerlain prépare une musette, avec quelques sandwiches et une demi-bouteille de bordeaux. Le soir, le dîner est très simple, avec du poisson. Guerlain disait : « Les réceptions, on en a suffisamment à Paris. Ici, on est au régime. »

 

Guerlain, mort en 1997 à 92 ans, était un chasseur adroit. Il n'y en avait pas beaucoup pour le battre au colvert. Mais, ça paraît bizarre, il respectait et protégeait la nature. Il imposait que personne ne tue plus de cent canards par jour. Le lac était son bijou, c'est pour ça qu'il l'a cédé pour en faire une réserve naturelle ».


Recueilli par
Gaspard NORRITO.

Rédigé par Theco

Publié dans #Le lac de Grand Lieu

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